Mémoires informatiques magnétiques

Issue en droite ligne des enregistrements analogiques sur bandes magnétiques audio et vidéo, la mémoire numérique magnétique est utilisée pour les disquettes et les disques durs.
C'est la première née des technologies numériques.
Elle est en constante évolution tant du point de vue des supports eux-mêmes que des têtes de lecture/écriture car elle permet un coût et une vitesse d'accès aux informations défiants (jusqu'à présent...) toute concurrence sérieuse.


Le principe fondamental :
Les supports d'enregistrement magnétiques sont des disques de plastique ou d'aluminium sur lesquels sont déposés des matériaux qui restent aimantés après avoir été soumis à un champ magnétique.

Choisir un bon matériau pour l'enregistrement magnétique :
Le choix de matériaux adaptés fait également appel à deux notions principales, répondant à deux besoins particuliers.

Tout d'abord, l'aimantation de chaque bloc d'information doit assez intense pour qu'un détecteur (la tête de lecture) mesure sans erreur si le champ magnétique pointe dans un sens ou dans l'autre.
En termes physiques : leur aimantation rémanente (du latin remanere : rester) doit être importante, c'est-à-dire qu'ils conservent une aimantation notable lorsque le champ magnétique appliqué redevient nul, après écriture.

Ensuite, l'aimantation de chaque bloc d'information doit être stable : elle ne doit être modifiée ni trop facilement (par le premier petit aimant passant à portée de votre bureau, par exemple), ni trop rapidement (la "survie" typique des enregistrements est de l'ordre d'une dizaine d'années).
En termes physiques : il faut utiliser des matériaux à haute coercivité, ce qui signifie qu'il faut appliquer un champ magnétique intense pour changer le sens de leur aimantation (le champ coercitif est grand).

L'un des matériaux qui allient ces deux propriétés est l'alliage cobalt-platine-chrome (CoPtCr) que l'on dépose sous forme de film très mince sur un support. Il forme alors de très petits grains de CoPt séparés par de fines parois de chrome qui les isolent les uns des autres. Chaque grain peut être aimanté dans le plan du support (enregistrement longitudinal) mais pointant vers l'avant ou vers l'arrière.

Y écrire et y lire des informations...
L'écriture des bits de données consiste à aimanter séparément de petites régions du film, par groupe d'une centaine de grains ayant tous la même direction d'aimantation. Cette inscription se fait au moyen d'une tête d'écriture dite "inductive" constituée d'un très petit entrefer (aimant) couplé à un bobinage électrique : selon le sens du courant qui parcoure la bobine, le champ magnétique induit au centre de l'entrefer est dirigé dans un sens ou dans l'autre. Ce champ magnétique provoque à son tour l'aimantation de la région magnétique de la bande trouvant sous la tête : le bit est écrit.

La tête inductive servant à l'écriture peut également être utilisée pour la lecture : la variation de l'aimantation d'une région à une autre, transmise à l'entrefer, induit dans la bobine un courant électrique dont le sens dépend du signe de la variation d'aimantation.
Cependant, pour la lecture, les têtes inductives sont avantageusement remplacées par les têtes magnétorésistives dont la sensibilité est nettement plus importante. Commercialisées depuis début 1992, elles sont composées d'un circuit électrique dans lequel est inséré un élément magnétorésistif. Cet élément ayant la propriété d'offrir une résistance plus ou moins importante au passage du courant selon l'aimantation du support, il suffit alors de mesurer les différences de résistance électrique provoquées par le passage de la tête au dessus du support.
Dans la pratique, on installe donc une double-tête en couplant une tête inductive pour l'écriture et une tête magnétorésistive pour la lecture.

"Portée" par la rotation très rapide du disque (plusieurs milliers de tours par minute), la tête magnétique vole littéralement au dessus de la surface du support à très basse altitude : entre 10 et 15 nanomètres (1 nm = 10-9 m), soit le cinq millième du diamètre d'un cheveu ! La mise en place de sécurités au niveau de la tête et la grande planéité des supports permet d'éloigner la perspective du crash mais cette très grande proximité de la tête et du support reste un facteur majeur de fragilité de ces supports.

... toujours plus d'informations !
Après avoir planté le décor, abordons le problème central : comment mettre plus d'informations sur une disquette sans en changer la taille ?

La solution est, a priori, très simple : pour mettre plus de domaines sur une même surface, il suffit de réduire la taille des domaines. Certes. Mais il faut veiller à ne dégrader ni la qualité de l'enregistrement ni la fiabilité de la lecture/écriture.

Diminuer la taille des domaines implique donc à la fois l'élaboration de matériaux que l'on puisse "découper" en zones plus petites et l'amélioration des performances des têtes de lecture/écriture qui se doivent d'être alors capables de traiter un signal d'autant plus faible que les bits sont plus petits.

Pour la partie lecture/écriture, plusieurs étapes ont d'ores et déjà été franchies avec l'introduction des têtes magnétorésistives puis l'arrivée des têtes utilisant la magnétorésistance géante dont la sensibilité est 10 à 20 fois plus grande que celle des têtes magnétorésistives.

Pour l'amélioration des supports, la voie la plus évidente est de continuer à diminuer la taille des grains (en en gardant tout de même une centaine par bit pour avoir statistiquement une taille et une orientation d'aimantation moyennes identiques d'un bit à l'autre).

Jusqu'à quand ?

Si l'augmentation de la densité d'informations continue de progresser au rythme actuel de 60% par an, il va falloir trouver rapidement une autre solution.
En effet, en dessous d'une taille critique des grains (et donc des domaines aimantés), l'agitation thermique devient suffisamment influente pour modifier leur direction d'aimantation, entraînant ainsi la perte de l'information.

Heureusement, la maîtrise de plus en plus grande des possibilités de la micro-électronique permet d'envisager d'autres solutions pour l'avenir. Pour permettre de réduire tout de même la taille des bits et fabriquer des bits plus petits sans nuire à leur stabilité, on cherche simultanément à à séparer physiquement les grains et à élaborer de nouveaux matériaux ayant une plus forte stabilité mais des grains plus petits, en envisageant deux possibilités d'orientation de l'aimantation : longitudinale ou perpendiculaire au plan du support.